Luca Resta at 22,48 m2 / Paris

Luca Resta / "À LA PÊCHE À LA LIGNE, L'ASTICOT AUSSI EST INNOCENT"

Curated by Piera Ravnikar

3 March - 07 May 2022


22.48 m²

30 rue des Envierges

Paris, France















Images courtesy of the artist and gallery

Dans son Traité du désespoir (1949), Kierkegaard décrit le « possible » comme l’ouverture vers quelque chose de nouveau, d’autre.

Devant un évanouissement les gens crient : De l’eau ! De l’eau ! Mais pour quelqu’un qui désespère, on s’écrie: Du possible, Du possible ! On ne le sauvera qu’avec du possible ! Un possible : et notre désespéré reprend le souffle, il revit, car sans possible, pour ainsi dire, on ne respire pas.

L’exposition de l’artiste italien Luca Resta, à la galerie 22.48 m2, relève de cette pensée. Créer du possible en exploitant le potentiel narratif de la sculpture et de divers matériaux. Réaliser à la main (et non reproduire à la chaîne) des formes nouvelles, en ayant comme commencement des objets usuels, comme des emballages. Façonner des formes presque identiques, sans pourtant les répéter.

Ni moulages romantiques ni copies du réel, les œuvres de Resta expriment à la fois des singularités et des pluralités. Simulacres sans modèles, ces formes dénuées de toute ressemblance deviennent des compositions uniques qui dépassent les objets auxquels elles se réfèrent, pour simplement devenir, être. « Êtres quelconques », tel que Giorgio Agamben les définirait, qui se montrent pour ce qu’ils sont et non pour les présupposés et attributs qui en permettent la catégorisation.

Structurée à partir de cette tension entre le singulier et le pluriel, l’exposition dévoile un territoire hybride où une série de formes fait corps avec les dispositifs d’exposition. Non des sculptures sur un socle, ni des images dans un cadre, mais des hybridations esthétiques qui se complètent mutuellement et où la hiérarchie entre présentoir et sujet perd son sens sous le poids d’une nouvelle manière d’interpréter l’idée de sculpture.

Mais cela ne serait qu’un exercice de style s’il ne s’accompagnait d’une réflexion qui a trait aux relations sociales. Intéressé par les voies d’accès à l’art, les modalités de lecture esthétique et les mécanismes discursifs propres à l’exposition, et non sans nier une certaine critique envers l’idée d’institution, Luca Resta s’approprie les mécanismes qui président aux dispositifs sociaux typiques des espaces institutionnels et hétéronomes (librairies des musées) pour en extrapoler un processus de création. En intégrant à ses collections d’objets usuels les dispositifs qui structurent ces espaces de sociabilité transitoire, il amène le public face aux mécanismes, implicites et explicites, qui domestiquent le regard et conditionnent les comportements individuels et collectifs. Entre régularité et perturbation, les formes de Luca Resta dépeignent ainsi le système de communication contemporain basé sur la psychologie de l’accrochage et la logique des visual accents, en structurant finalement une mise en abyme où le contenant devient contenu.

Ainsi, si la vitrine fait œuvre avec le nombre d’objets qu’elle accueille et l’image perd son sens de lecture traditionnel, ce n’est que pour expérimenter les variations infinies du possible. Renverser le point de vue pour oser une forme neuve et retrouver enfin le souffle.

Pamela Bianchi


n his treatise The Sickness unto Death (1949), Kierkegaard describes the "possible" as the openness to something new, something else.

When one swoons people shout for water [...]; but, when one is about to despair the cry is, Procure me possibility, procure possibility! Possibility is the only saving remedy; given a possibility, and with that the desperate man breathes once more, he revives again; for without possibility a man cannot, as it were, draw breath.

The exhibition of the Italian artist Luca Resta, at the 22,48 m2 gallery, is part of this thought. Create the possible by exploiting the narrative potential of sculpture and various materials. Realize new forms by hand (and not reproduce on the assembly line), starting from everyday objects, such as packaging. Shape almost identical figures without repeating them. Neither romantic casts nor copies of reality, Resta's works express both singularities and pluralities. Simulacra without models, these forms devoid of any resemblance become unique compositions that go beyond the objects to which they refer, in order to simply become, to be. « Whatever beings », as Giorgio Agamben would define them, showing themselves for what they are and not for the presuppositions and attributes that categorize them.

Structured from this tension between the singular and the plural, the exhibition reveals a hybrid territory where a series of forms merge with exhibition devices. Not sculptures on a pedestal, nor images in a frame, but aesthetic hybridizations that complement each other and whereby the hierarchy between display and subject loses its meaning under the weight of a new way of interpreting the idea of sculpture.

But this would only be an exercise in style if it were not accompanied by a reflection on social relations. Interested in the means of access to art, of the modalities of aesthetic reading and the discursive mechanisms specific to the exhibition, and not without denying a certain criticism towards the idea of institution, Luca Resta appropriates the mechanisms that preside over the social devices typical of institutional and heteronomous spaces (museum bookstores) to extrapolate a creative process. By integrating into his collections of everyday objects the devices that structure these spaces of transitory sociability, the artist brings the public face to the implicit and explicit mechanisms which domesticate the gaze and condition individual and collective behaviour. Between regularity and disruption, Luca Resta's forms thus depict the contemporary communication system based on the psychology of set-up and the logic of visual accents, ultimately structuring a mise en abyme where the container becomes contained.

Thus, if the showcase incorporates the number of objects it welcomes and the image loses its traditional sense of reading, it is only to experiment with the infinite variations of the possible. Reverse the point of view to dare a new form and finally catch your breath.

Pamela Bianchi

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